adynaton

Adynaton

 

◊ C’est inconcevable ! Le poème du Supersage, le récit de Ras Shamra, l’Épopée ninivte de Gilgamesh, le récit de Bérose, la Génèse, l’Avesta, mais aussi Pindare, Ovide, Apollodore, Lucien de Samosate, et le Popol Vuh, la mort d’Ymir, et d’autres déluges, autant de séquences aquatiques à faire bondir le lecteur.

 

◊ Le fléau, c'est l’hyperbole. Plutôt que l’hyperbole, l’adynaton. C’est la chose impossible, une exagération quasi-comique, risible et inconcevable. Et même si il est contre nature, il opère un léger décalage du plausible. Le fléaux est thème d’adynaton. L’adynaton, marque la subjectivité du locuteur. L’adynaton renseigne sa fuite hors du réel. Il n’est pas question de raisonner par l’absurde, il est question d’accumulation réaliste :

 

Le Nil fut nauséabond, et les Égyptiens ne purent boire des eaux depuis le fleuve, les grenouilles tombèrent et recouvrirent l’Égypte, toute la poussière du sol se changea en moustiques, des taons/ bêtes sauvages en grand nombre entrèrent dans tout le pays d’Égypte, tous les troupeaux des Égyptiens moururent, gens et bêtes furent couverts de furoncles bourgeonnant en pustules, Adonai fit tomber la grêle qui se transforma en feu sur le pays d’Égypte, il y eut d’épaisses ténèbres, Elles recouvrirent la surface de toute la terre et la terre fut dans l’obscurité ; elles dévorèrent toutes les plantes de la terre et tous les fruits des arbres, tout ce que la grêle avait laissé et il ne resta aucune verdure aux arbres ni aux plantes des champs dans tout le pays d’Égypte, tous les premiers-nés moururent dans le pays d’Égypte...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

◊ Et si le fléau n’était qu’une alternative au réalisme ? Le fléau marque la fin d’un monde. Ce n’est pas la fin du monde. La fin d’un monde, c’est l’extinction d’une unicité d’espèces, d’un microcosme, d’un petit tout. Il n’empêche pas la re-création d’un monde, il modifie profondément les condi- tions d’existence du dernier en date. Le fléaux, c’est la déconstruction des règles, de l’ordre établi. Un processus inverse à celui de la création.

 

◊Se projeter après le fléaux, inventer ce qui se passe après la déconstruction, spé culer à partir de ce qu’il y avait avant.

 

◊ L’adynaton c’est le loup de Tex Avery, la langue pendue et les yeux plus qu’écarquillés, tendus au maximum dans l’espace de l’écran. Le fléau passe par la figure de style pour enter dans la fiction. On fait un écart, en commun accord avec notre locuteur, du temps linéaire et de nos pensées eschatologiques. Le fléau, n’étant pas la fin du monde, mais celle d’un monde, s’inscrit dans une logique de temps cyclique, celle du balancier orbiculaire, c’est la micro histoire qui ne cesse de se répéter alors que le cosmos poursuit lentement son évolution. La fiction boucle, on la prend et on l’abandonne pour retourner à notre cosmos personnel. Il n’existe aucune différence entre les dix plaie d’Égypte et les cartoons. Ce fléau que vous attendez, vous le vivez toujours-déjà dans la création de fiction, dans la césure avec le quotidien. Chaque évènement fait fléau, chaque écriture est une plaie, il s’agit maintenant de savoir s’en servir. Utiliser la rupture pour organiser l’avenir, orienter l’évolution de nos kosmos personnels !

 

Adynaton a été écrit en 2015 pour 19BIS journal aditionnel à BS19, le journal du centre d'art et de recherche Bétonsalon