co-opéra

Co-Opéra

 

D'un séjour, un multiple de séjours. Temporalités assez vastes pour permettre de chercher en vain, mais assez restreintes pour ne pas parvenir à achever.

 

 

Sécheresse.

 

Il n'avait maintenant pas plu depuis plusieurs mois, et les feux consumaient l'horizon, produisant geysers de fumé, troubles optiques, ou bien, du miror, mirari : s'étonner, voir avec étonnement, l'environnement de ce qu'il appelle La Cave. La Cave c'était, au commencement, ce grand paquebot échoué, carcasse de fer gisant au milieu de la rocaille mais aussi des ajoncs.

Le bâtiment, au bastingage irrégulier, se dresse, droit, fier. Les trois ponts abritent autant d'instruments et de livres, de machines et d'objets aux fonctions détournées. Un tourniquet au centre du niveau le plus bas colore cet espace à la game chromatique travaillée d'ocres rouillés, de rouges, de bruns, de beiges, de noirs luisants et de blancs translucides, par des nuances vertes et bleues, pampilles lumineuses. Lorsque les machines sont en marche, les pistons poussent si fort qu'une odeur d'essence envahit tout l'espace, crachant leur tendre venin et scories sur la page vierge. Machines pilotes de l'entreprise géante de La Cave. Elles vivent, entre, Encre et Lumière. Lui, à la barre.

 

Le premier pont est étonnement vide, quelques étagères abritent des livres recouverts de poussière, pour ne pas les oublier. Il y a là cet espace ambigu, avancée dans le mur, grotte dans la grotte, tout à la fois friche et terrain de jeu. Puis, le deuxième pont, celui du sommeil et de l'accès à la proue, au ponton bétonné, sommet de notre cuve. Panorama total. À l'oeuvre !

 

Il y a plusieurs cuves, chacune s'ouvrant par un petite bouche, mais, celle-ci, c'est le souffle de la cave, sa respiration. À l'oeil rouge s'annulent toutes les discussions. Du silence est né la faculté d'écouter. Le cylindre résonne au dehors comme au dedans : du dedans, s'échappe le cri d'une trompette, du dehors, un singulier gémissement résonne doucement jusqu'au dortoir. Tant en son intestin labyrinthique que dans son estomac. Le monstre vibre. Il pulse. Et nous avons élu domicile dans cette poche gastrique, sous ses lourdes membranes de fer, enivrés des relents de vin, déglutissant difficilement, avalant nos langues pâteuses, abasourdis, par, la, sécheresse.

Je chantais :

 

« au jardin de ma mère est un buisson d'orties,

j'en ai fait un bouquet, pour porter à ma mie »

 

Il n'avait maintenant pas plu depuis plusieurs mois, et du dehors, un orage. La terre abreuvée peut à nouveau sécréter ses vapeurs d'alcools, et les corps, dolents, essayent, tant bien que mal, de se mouvoir dans l'espace reconfiguré par les intempéries.

 

 

Co-Opéra à été écrit en septembre 2016, durant la première résidence de SILO pour la pièce radiophonique Iscles de la série Topologismes et diffusée à cette occasion par la radio DUUU