Cyzic

Tout oeil est hanté

 

« Il est une algèbre du besoin, une nécessité de conjuguer au futur antérieur.

 

Nous avons fais des cercles de convergence, profitant du régime inaugural, celui de la dé-sautomatisation et celui de l’instinct, nous avons monté des chaînes signifiantes pour passer outre, et rencontrer, enfin, le dehors.

 

==...==

 

Sans se dépêcher, les fenêtres du tram-train présentaient des paysages semblables à toutes les directions, des bandes de terre grise et sèche, des talus identiques, par leurs flore sauvage et ingrate, aux bas-côtés du monde entier, que l’on ne distingue plus sous l’effet de la vitesse, ces rayons aux nuances multiples de verts qui s’effacent zébrés ça et là par un point blanc, ou bleu, parfois rose, déchets oubliés sur le bas côté, quelques habitations au loin, et puis des noms de gares a la typographie systématique, quelques pieds, et puis la crasse incrustée à vie sur le quai en petit monticules de suie et de pollution quelconque. Qui à bien pu graver son nom sur le rebord du quai ? Parfois un tunnel, et une station souterraine, Antlia regarde ailleurs, une station découverte, Antlia observe le mobilier urbain : les sièges vides, les bancs, les salles d’attente aux vitres sales, les auvents, les corbeilles à papier et parfois les poubelles du tris sélectif, les panneaux publicitaires rétro-éclairés, les éclairages public au dessin changeant, ici c’est un globe rond et malade, ici l’ampoule est masquée par un capuchon fuselé en métal. Le tram-train ne s’arrête pas assez longtemps pour déchiffrer toutes les informations des tableaux lumineux, ou trop longtemps pour écouter deux fois la diffusion d’un message d’information totalement automatisé : départ du prochain train, annonce de retards, d’incidents, informations commerciales.

 

Au nord de la Vallée Village, les habitations, les villas, les jardins et les écoles. Parfois, dans la rue, j’entends :

 

«  Je suis frappé par cette schizophrénie urbaine. »

 

Les annonces sont pré-enregistrées et diffusées via un système informatique, par les haut-parleurs. Un coup d’œil à l’horloge, numérique ou analogique, la même heure à toutes les gares, bien synchrone. 15H38 légèrement en retard. Antlia n’écoute jamais de musique, durant ses trajets, souvent lit un peu, quelques paquets de feuilles imprimées chiffonnées, les mots surlignés, gribouillées, des  essais politiques pour s’enflammer, opiner la révolution en observant l’air absent les habitations vides d’inconnus, des articles de science, la tête qui penche un peu trop sur la feuille, l’œil qui commence à se fermer doucement, des longues descriptions de tentures et de papiers peints qui s’étalent sur plusieurs pages, découvrant les plaisirs de l’énumération et l’imaginaire de mots nouveaux vide de sens, hermétiques, qui l’exaltent et altèrent sa lecture trop rapide. Le bouquin est corné, l’édition de poche à été ballottée un peu partout, la couverture s’est décroutée au fond du sac, et quelqu’un a couché rapidement les paroles d’une chanson, à l’envers, sur les dernières pages blanches.

 

==...==

 

Des sphères privées conventionnelles que nous connaissions tous, Antlia et moi avons tout d’un coup été pris d’un dégoût. Un dégoût profond, celui qui habite les lieux les plus éloignés du désir même, un dégoût plus lourd que nos pulsions, un dégoût installé, irradiant. Les réticules quotidiens nous indiquaient la marche à suivre. Chaque jour, nous nous installions devant le poste de fracture et nous écoutions : Cyzic ! « Perfect City », la sœur priapique des collectivités-territoriales, et en fait, c’est chic ! Tout en verre, la gare est propre, et les carreaux ont été nettoyés, la prédilection accordée au signifiant plutôt qu’au signifié, au médium plutôt qu’au message, à contre-courant du mouvement moderne qui préconise au contraire une conformité entre les deux niveaux d’une construction architecturale, Cyzic est Néo !

 

Quid du Néo, de la piazza romaine, du maquillage des voiries ?

 

Les annonces sont pré-enregistrées et diffusées via un système informatique, par les haut-parleurs. Un coup d’œil à l’horloge, numérique ou analogique, la même heure à toutes les gares, bien synchrone. 15H38 légèrement en retard. Antlia n’écoute jamais de musique, durant ses trajets, souvent lit un peu, quelques paquets de feuilles imprimées chiffonnées, les mots surlignés, gribouillées, des  essais politiques pour s’enflammer, opiner la révolution en observant l’air absent les habitations vides d’inconnus, des articles de science, la tête qui penche un peu trop sur la feuille, l’œil qui commence à se fermer doucement, des longues descriptions de tentures et de papiers peints qui s’étalent sur plusieurs pages, découvrant les plaisirs de l’énumération et l’imaginaire de mots nouveaux vide de sens, hermétiques, qui l’exaltent et altèrent sa lecture trop rapide. Le bouquin est corné, l’édition de poche à été ballottée un peu partout, la couverture s’est décroutée au fond du sac, et quelqu’un a couché rapidement les paroles d’une chanson, à l’envers, sur les dernières pages blanches.

 

==...==

 

Cyzic, laboratoire social et urbanistique construit autour de la Vallée Village, entourée par les High-Ways circulaire est accessible par le tram-train via la gare de Cyzic-Priape et la gare de Cyzic-Village Nature, et par la route via les Zones Industrielles de Priape ou Z.I.P et les Zones Artisanales de Village Nature ou Z.A.V.N. La vallée village, centre historique depuis quelques années seulement, accueil plusieurs magasins proposant une expérience de shopping outlet de luxe à vivre exclusivement au seins de la Collection des Villages Chic Outlet Shopping de Value Retail.

 

==...==

 

Chaque jour, nous nous installions devant le poste de fracture et nous écoutions : « les Décores agréables en plein air à la façon d’un « village » ! J’adore Collection des Villages !». Quelques tonnes de béton plus loin, les buildings. Les deux gare d’abord, disposées de façon symétrique sur le diamètre de Cyzic, puis les Corporations au sud, et autres entreprises de téléphonies, de cadres et d’employés fantomatiques derrières les grandes vitres bleues.

 

==...==

Il y a une dichotomie entre l’habitat et les équipements publics. Tout le monde partage cette référence historiciste impulsée par Priape, ville voisine, avec une architecture traitée comme un décor, et de l’autre côté, la qualité des bâtiments publics qui s’inscrivent dans une démarche contemporaine. Une ville neuve. La logique voudrait que son architecture soit tournée vers l’avenir. Elle n’oppose en rien un avant à un après, mais deux manières de saisir des configurations en train de glisser l’une sous l’autre. Cyzic est loin du gigantisme urbain et d’une humanité en mutation, loin de l’irrésistible ascension de Priape.On trace, le ticket coince. C’est la prune, l’amande, fruits de la gruge. On se fait héler, on paie, et la note est salée. Dehors, les nuages ont une couleur guérande.

 

Toujours, chaque jour, nous nous installions devant le poste de fracture et nous écoutions :

 

« Rendez-vous compte que même les panneaux publicitaires sont interdits ici. »

 

Les masses non-métissées, la fusion des cultures individuelles, Cyzic, son architecture, son organisation, ont créé les réticules.

 

Les sphères privées conventionnelles, c’est ce que nous ne sommes déjà plus, et les réticules, c’est ce que nous devenons. Et pourtant, pourtant nous ne devons jamais, jamais, oublier nos sphères privées conventionnelles ! Et s’il s’agissait de seulement prophétiser, nous perdrions la dimension actualisante du devenir, le diagnostic. Et si nous avons quitté la Vallée Village de Cyzic c’était parce que nous étions déjà advenu, nous étions déjà réticulés, et nous ne pouvions plus implicitement empêcher cette réalisation. Paradoxalement leur menace ne pouvais nous concerner que lorsque qu’elle était presque déjà inévitable. Il fallait conjurer le futur. Cyzic ne nous concerne plus.

 

==...==

 

Cyzic était plus étendue que ce que nous pouvions ressentir de l’intérieur, c’était un réseau si compact que nous tournions en rond, se heurtant de temps à autre à un mur, et revenant s’échouer toujours au centre, toujours la Vallée Village. Cyzic c’était un réseau de canaux et de routes, c’était une Venise en béton armé cerné par des bases aériennes et marines surtout, avec autant de petits châteaux blancs que d’habitants.

 

Une ville complexe construite autour d’un village calqué sur n’importe quel village de Collection des Villages, et qui n’a de cesse de jouer de sa réversibilité : Cyzic n’a jamais connu de moments fastes mais n’a jamais vraiment été dans le besoin, Cyzic était auto-suffisante. Chacun y avait sa place et rien dans cet ordre bien établi ne pouvait venir perturber la perfection de ce système. Et si Priape recevait bien plus de touristes, et si Priape s’enrichissait, Cyzic restait égale à elle-même, Cyzic était maître de sa force centrifuge et jamais ne déviait de son axe.»

 

 

 

Tout oeil est hanté a été écrit en 2015 pour 19BIS journal aditionnel à BS19,

le journal du centre d'art et de recherche Bétonsalon