L'interrupteur

L'interrupteur

 

Nous avons confondu utopie et eutopie. Tracer un cercle autour d’un espace. Tracer un cercle autour d’un espace, lui assigner une frontière. Sur la question de la frontière, la frontière-mur s’oppose à la frontière-porte. La frontière-mur : hermétisme. Tracer un mur autour d’un espace, c’est aussi prévenir tout contact. C’est prévenir du dehors, c’est prévenir du danger. La frontière-porte fait rupture dans la continuité de la frontière-mur. Elle induit la réversibilité. Ouvert, fermé, ouvert, fermé. Le cercle, c’est aussi le circuit. Le circuit est ouvert si la frontière-porte est ouverte. Circuit qui invite, circuit accueillant. Le circuit est fermé si la frontière porte est fermée. Il devient indépendant. Mais le in-circulo et le hors-cercle sont-ils asymétriques ? Ne sont-ils pas hermétiques ? Asymétrie irréversible du dehors et du dedans. De l’intérieur et de l’extérieur. Devant la porte ouverte, devant la seule ouverture de la frontière-mur qu’est la frontière-porte, ce que nous avons communément l’habitude d’appeler portail, ou douane, ou palier se dresse un gardien. Et le gardien garanti l’accès au palier de la frontière-porte au demeurant ouverte. Il veille assidument posté devant ce palier, ce portail, cette douane, il veille à l’ouverture du cercle tracé autour d’un espace. Il sur-veille l’embrasure. Et l’embrasure, cette bouche béante héréditaire du feu rouge, irradie, éclaire in-circulo, prodigue la lumière. Mais l’embrasure, l’embrasure qui vient du brasier, double du gardien qui veille sagement au palier de la frontière-porte, l’embrasure fait du tord, blesse celui qui cherche à la traverser. Elle est faites de charbons-ardents, éclairant pour l’intérieur mais dissuasifs pour l’extérieur. Seul le gardien, ce fakir magique se tient droit dans l’embrasure. La frontière-porte est ouverte, béante, et le gardien bloque l’accès du cercle tracé autour d’un espace. Le cercle autour d’un espace est forteresse, et les frontière-porte et frontière-mur deviennent frontière-remparts.Tracer un cercle autour d’un espace, c’est aussi créer une limite, c’est aussi instaurer la Loi à celui du dehors, car la limite et la Loi ne provient plus ni d’un ailleurs, ni d’un dehors, la Loi est inhérente à la frontière-forteresse. Vous êtes à l’intérieur, je suis à l’extérieur. La Loi est limite. Il n’est plus question alors de conversation, du dire-ensemble. L’inter-dit n’existe plus. Il n’est plus d’entre-dire, et l’interdit, relégué à votre dehors, soit mon intérieur. Il est comme acquis depuis des siècles, oublié et caché derrière le gardien. D’ailleurs le gardien vous tourne le dos, car il me regarde. Appuyer sur le bouton, décrocher le téléphone, ouvrir la porte.

 

Insidieusement, la frontière-porte devient l’interstice, la mutation de la notion de limitation. Protection absolue de l’imaginaire. À celui qui affronte le gardien, lui apparait le franchissement de la frontière-porte comme une intrusion. Le gardien regarde vers le dehors. Le gardien, si il est seul, braque son regard vers l’horizon, vers tout ce qui n’est pas le cercle tracé autour d’un espace, vers tout ce qui n’est pas la frontière. Hors-cercle, je me présente à lui. Je souhaite accéder à la Loi, connaître l’unicité du système-cercle. Je veux, moi aussi me faire fakir, et pouvoir tenir à la fois hors et in-circulo, être l’interface. Peut-être réussirais-je à échapper à la combustion.Tracer un cercle autour d’un espace et déterminer un dedans d’un dehors, et ainsi, déterminer un de-dans, et un de-hors, un système autonome fermé-isolé. Mais qui pour suivre ce consensus ? Est-ce un espace cohérent et harmonisé ? Ou harmonisable ? Mesurer la force centrifuge, ou l’inertie du système-cercle, du mouvement intérieur à la frontière-rempart. Envisager la frontière-rempart comme utopie, c’est aussi lui assigner un destin, mais comment assigner à l’utopie temporalité, comment assigner à l’utopie un véritable topos ? Si je suis hors-cercle, la curiosité de la Loi me pousse à affronter le gardien et l’embrasure. Si je suis in-circulo, je suis las de la barrière que me tient hors-jeux et condamne le système-cercle à l’inertie. Devant-moi, le gardien s’efface. Je me tiens entre. L’intrusion est quasi-totale, je suis intrusif hors et in-circulo, je suis l’élément commutatif, le transfert des connexions, le renversement du sens du courant, la substitution, la connexion individuelle, commutation spatiale et commutation temporelle ! Le système-cercle est re-connecté, l’inter-dit est possible, je suis comme Janus, un regard hors, un regard dans. Je suis l’ultime frontière, la frontière-switch. Intrusion bénéfique ou inquiétante, c’est selon. Mais de toutes façon, cela est.






L'interrupteur à été écrit en 2016 pour une installation lors de l'exposition Staring at you, Stating at me .